L’efficacité du modèle de réponse à l’intervention a fait ses preuves depuis plusieurs années. En effet, de nombreuses études américaines ont démontré que ce type de modèle permettait de diminuer le nombre d’enfants qui présentent des difficultés à long terme et de réduire les impacts pour ceux qui présentent des déficits persistants. Avant même de vérifier si l’efficacité du modèle de réponse à l’intervention demeure valide dans le contexte des écoles québécoises, un défi reste : trouver la façon d’implanter ce type de modèle afin d’en assurer la pérennité. La démarche d’implantation employée dans le cadre du projet de recherche-action a entraîné des retombées prometteuses pour le maintien des pratiques préventives dans le milieu. Une fois le modèle bien implanté, il sera plus facile d’évaluer son efficacité à améliorer la réussite académique des élèves. Néanmoins, des impacts majeurs ont pu êtres observés lors du projet de recherche-action initial. Ces impacts peuvent se résumer en six grandes sphères de changement :

1. Les connaissances de l’équipe-école

Le discours des enseignants et des intervenants de l’école reflète un état des connaissances plus à jour dans le domaine de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Les facteurs de risque et de protection ainsi que les activités reconnues efficaces pour prévenir les difficultés du langage écrit sont mieux connus. Ainsi, les enseignants conceptualisent plus clairement les visées de leurs activités en classe en distinguant celles destinées à l’enseignement de celles destinées à la prévention. Cette conceptualisation leur permet d’anticiper les résultats de leurs actions chez les élèves des cycles supérieurs. De plus, lorsqu’ils font une référence aux services d’aides, les enseignants sont davantage en mesure de décrire précisément la zone de vulnérabilité des élèves et de les orienter vers le service le plus pertinent.

2. Les pratiques des enseignants dans les classes

Les enseignants ont expérimenté et adopté des façons plus efficaces de stimuler les précurseurs qui prédisent le mieux le succès en lecture et en écriture. Au préscolaire, les activités de lecture d’histoire en groupe visent maintenant de façon plus explicite la conscience phonologique, la conscience de l’écrit, les différentes habiletés langagières et les habiletés de calligraphie. Au premier cycle du primaire, les activités d’enseignement se sont recentrées autour de l’apprentissage du principe alphabétique en identification de mots et en orthographe et des habiletés de calligraphie. De plus, les enseignants ont intégré à leurs activités usuelles en classe des intentions pédagogiques à visée préventives qui ont pour objectif d’améliorer les habiletés langagières plus complexes nécessaires à la compréhension et la production de textes.

3. L’organisation des services d’aide

Un dépistage universel permet d’évaluer le niveau de risque de chaque enfant à développer des difficultés de lecture et d’écriture. Les services d’aide pour ces enfants sont dorénavant offerts dès le préscolaire. Une collaboration étroite entre l’orthophoniste et l’orthopédagogue permet l’organisation de ces services, qui sont d’ailleurs mieux intégrés aux activités et aux objectifs visés dans les classes par les enseignants. Ces services d’aide se sont élargis aux compétences langagières de plus haut niveau qui sont nécessaires à la compréhension et la production de texte, des compétences qui étaient souvent négligées auparavant. La réorganisation des services a aussi permis aux élèves identifiés comme présentant déjà un handicap (p.ex. : les enfants dysphasiques) d’obtenir une augmentation des services d’aide à la fois ciblés et cohérents avec les enseignements en classe.

4. La précocité et l’intensité des actions

Dès leur entrée au préscolaire, tous les élèves bénéficient maintenant de façon quasi-quotidienne d’activités de stimulation accrue qui visent de façon explicite les précurseurs de la lecture et de l’écriture. Les jeunes du préscolaire qui démontrent des besoins supplémentaires ont ensuite accès à des sous-groupes de stimulation intensive dès le retour des fêtes au préscolaire. Avant la fin de l’année du préscolaire, les enfants qui montrent une faible réponse à toutes les interventions offertes peuvent avoir accès à des évaluations et à un suivi professionnel individualisé. De plus, dès le début de la première année du premier cycle du primaire, les élèves qui présentent toujours des vulnérabilités au plan des précurseurs à l’identification et à l’orthographe des mots sont immédiatement pris en charge en sous-groupes. Autant dans ses communications auprès des parents que dans l’action concrète, l’école est passée d’un modèle « attendre l’échec pour intervenir » à un modèle « intervenir pour prévenir l’échec ».

5. L’intérêt et les compétences des enfants

Les enseignants ont dénoté un intérêt accru pour la littérature jeunesse chez les élèves, et ce, dès le préscolaire. Les élèves qui ont bénéficié des activités de lecture d’histoires au préscolaire ont fait leur entrée plus facilement dans l’apprentissage explicite des correspondances entre les lettres et les sons leur permettant d’identifier les mots et de les orthographier au premier cycle du primaire.

6. L’engagement de l’équipe-école

Étant donné que tous les membres de l’équipe-école ont contribué activement à l’implantation des pratiques préventives, ils sentent qu’ils font partie prenante d’une organisation de services cohérente et collaborent pour faciliter le parcours des élèves. Cet engagement commun aide tous les intervenants scolaires et leur direction à garder le cap sur la prévention.